1

Warning: Undefined array key "current_expo" in /var/www/clients/client3/web4/web/wp-content/themes/artaucentre/loop/vitrine.php on line 25

Nos lieux de bonheur

#18

Benjamin Hollebeke

427141 Féronstrée

Un vent léger vient froisser la montagne de sable, soulignant des brisures inégales, provoquant de lentes coulées, effaçant ce qu’il reste d’empreintes de pas. Les traces plus lourdes d’un engin de chantier sont, elles aussi, exposées à disparition. Entre vie intérieure et vacuité de sablier, les grains amoncelés glissent en silence vers le sol, absorbant des bruissements de solitude. Faibles palpitations de la masse des couleurs, entre gris clair et beau noir ténébreux, comme si le dénuement du lieu amplifiait et condensait, par les fusains de Benjamin Hollebeke, la vision désertique de cette zone de monticules et de dunes, artificiellement gonflée par le charroi des machines.

La vacuité des sables érodés laisse cependant notre mémoire poreuse s’y frayer un passage en eaux étroites. Hors-champ, sur les flancs de la montagne d’en face, couverte de pierres calcareuses, de silex, de buissons et d’arbres poussés à la diable, une bande d’oiseaux s’est nichée entre les herbes hautes. Elle donne gage au regard, qu’à la fascination première du dépouillement peut s’accorder la présence d’émotions et de sensations, porteuses de souvenirs. Le « désert du vide » offre un voyage dans notre espace sensible. Discret, fragile, distendu, lointain parfois, l’équilibre ainsi dessiné par le regard de l’artiste forme l’ossature méditative et intime des êtres vivants – du moins, ceux pour qui ré-enchanter la vie n’est pas chose anodine.

Devant cette œuvre de Benjamin Hollebeke, le spectateur se découvre, ainsi que l’écrivait en d’autres temps le géographe Louis Poirier, comme « l’unique maître d’une terre secrète, qui semble pour lui seul laisser transparaître le reflet faible d’un trésor enseveli ». Nos lieux de bonheur.

Alain Delaunois

footer