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À la loupe
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Opalima Kupina : Liège episode A Stop Pavilion: On the Soft Underbelly of Europe.
Nikolay Karabinovych
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Angle Mort
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Haya al salat, haya ala falah*
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À la loupe
#18
Werner Moron
4417 Rue de l'Official
Toi qui te reconnaîtras, je te souhaite de pouvoir garder cette beauté d’ange de chair et d’os, cette pudeur devant la terreur, cette retenue devant le laisser-aller.
L’art contemporain, c’est maintenant. Maintenant, c’est la guerre. Et je sais que toi qui m’as vu passer autrefois, tu ne vas pas m’en vouloir de dire que c’est la guerre.
Toi qui souriais ou râlais devant mes œuvres d’avant, tu sais que si j’écris là : c’est la guerre, c’est pour essayer de faire comme si on s’en rendait compte ensemble, aujourd’hui, dans la cuisine, en fumant une clope ou en mangeant un steak végan avec de la sauce très piquante et du citron, en nous disant : « putain, c’est la guerre ».
Tu sais très bien, toi qui arrives jusqu’ici, que nous nous disons c’est la guerre pour la première et la dernière fois. Maintenant, on se prépare à une économie de paix.
On se discipline. On se fait la guerre à soi-même pour aller là où l’on doit aller, en paix. On contrôle sa mâchoire, sa raideur devant l’étrange, ses morsures pour des ennemis imaginaires dans nos nerfs, faisant couler le sang de nos élans.
Les ouvriers dans l’art se sont battus longtemps pour tenter de jouer juste, pour maîtriser le langage, l’instrument, la présence des autres sous la forme d’un public – un public sans pitié, puisque c’est nous. Nous, quand nous assistons à un événement dans nos villes, sur les trottoirs, au bord des gares ou dans les ruelles où l’on danse, chante ou rit, avec des objets ou sans objets, dans des grandes surfaces ou sur un p’tit écran. Un méta vieux comme le monde où nous rejouons la paix et la guerre et où, une fois le jeu terminé, la rencontre se prolonge au bar.
L’économie de paix cherche l’évasion, la fuite, et puis un maquis où tout peut se dire. Un simulateur de vol social qui s’appelle l’art : la convention qui accepte qu’un individu, ou un petit nombre d’individus, seuls face à la masse, puissent nous représenter tous. Parce que la confiance a été créée, parce que la beauté et l’honnêteté ont trouvé leur consentement, cette présence nous arrache deux larmes sur un sourire et nous redonne l’énergie de reprendre la route.
Nous, on cherche les bons mots. On fait le tour du quartier pour faire nombre. On ne sait ni comment ni avec qui, mais on apprend vite. Par des conversations simples, avec des seuils de tolérance abaissés, nous passerons le cap pour créer les institutions d’avenir.
Si aujourd’hui nous voulons la paix, c’est que nous sommes forcément un peu poètes. C’est tellement improbable : les primates mâles surdiplômés veulent tellement la préparer qu’elle finit par avoir lieu. Alors si ce que nous voulons paraît impossible, et que nous nous lançons quand même, si cela ne tient que dans notre pauvre petite braise, c’est que c’est peut-être de l’art – une vibration qui n’est ni la nature ni la culture, mais ce qui reste d’énergie au principe même de notre force vitale.
En attendant, nous devons durer. Et chercher, pour ceux qui se reconnaîtront, un endroit où, au corps à corps, nous réfléchissons à ce que nous allons manger, collectivement et individuellement, où nous allons habiter, et comment garder le contrôle sur la journée qui vient.
Nous sommes capables de créer une offre artistique en ne comptant que sur nous-mêmes. Nous nous relayons pour offrir une permanence, un accueil où les enfants entendent les premiers mots d’un récit que nous avons nous-mêmes tissé. Un récit qui transmet d’autres valeurs que la force, l’argent, l’accumulation, la beauté physique ou la norme publicitaire où l’autre est follower et moi le gagnant.
Il me faudrait plusieurs vies pour dire le nombre de nuances que nous pourrions accueillir, simplement parce qu’en un point de la ville, nous nous relayons pour ne pas laisser s’éteindre la flamme.
Soyons pragmatiques : si l’école et la société nous disent que tout ce qu’elles font est pour notre bien, pour nous offrir une belle vie pleine de responsabilités et de droits, alors j’imagine qu’une telle vie sera toujours plus belle en temps de paix qu’en temps de guerre.
Youpi quand même.
Permanence tous les mercredis de 10 h à 18 h