1

Parfums de pauvres

#8

Fabienne Audéoud

Artiste sélectionnée dans le cadre de l’appel à projets

1769 Passage Lemonnier

En 2011, j’ai acheté – dans un magasin électro-ménager et de bricolage bon marché du 18e arrondissement de Paris – les parfums Solitude, La Chute, Querelle, Predator, les premières bouteilles de la collection « parfums de pauvres », aujourd’hui constituée d’une centaine de pièces.

Même si certaines font référence à des flacons et/ou des marques reconnaissables, ce ne sont pas des contrefaçons. Elles sont choisies exclusivement pour leur nom et leur prix inférieur à 5 €.

Censées contenir des odeurs agréables et offrir un certain plaisir et bien-être, elles affichent néanmoins des notions bizarres telles que Bishop (évêque), British Emotion (émotion britannique), Relinquish (renoncer), Nob-luck (chance de la bite), Maniac (dingue), Untrue Lies (mensonges non vrais) My Manager (ma.on directeur.ice) et souvent d’une grande violence Dilemme, Dispute (litige), Tender Stalking (tendre harcèlement), Phobia Men (hommes phobie), etc.

Qui a imaginé ces noms ? À qui s’adressent-ils, si ce n’est à des consommateur.ice.s pauvres, qui, soit ne comprennent pas ce qu’iels lisent, désirent et achètent, soit le valent bien.

Sur les rayons des magasins et de façon plus développée dans les installations s’écrivent des phrases, un texte, un discours/odeur à « porter ».

Cette pièce fait partie d’une série autour de ce qui se porte, comme un vêtement ou un parfum (to wear), une charge (to carry), un message (to convey), le nom de son père ou de son mari (to bear his name) ou un personnage à la scène ou à l’écran (to perform). On dit aussi d’une voix qu’elle porte.

Fabienne Audéoud